Maître du setar, poète des cordes — une vie consacrée à la beauté de la musique persane classique (1980–2021)
Amirhossein Soltani est né le 14 avril 1980 en Iran. En l'espace de quatre décennies, il s'est imposé comme l'une des figures les plus lumineuses de la musique traditionnelle persane contemporaine, avant de disparaître prématurément en août 2021 des suites d'un accident de la route.
Interprète, pédagogue et compositeur, Soltani incarnait une rare synthèse entre rigueur classique et sensibilité poétique. Son instrument de prédilection — le setar, luth à quatre cordes emblématique du patrimoine musical iranien — devenait entre ses mains un vecteur d'émotion profonde, oscillant entre la précision de la forme et la liberté de l'improvisation.
Son œuvre s'inscrit dans la continuité du radif, répertoire canonique de la musique savante iranienne, tout en y insufflant une voix personnelle nourrie de poésie mystique persane et de spiritualité soufie.
14 avril 1980, Iran
Setar — luth à quatre cordes
Musique persane classique
Août 2021, Iran
Amirhossein Soltani commence l'apprentissage du setar dès l'âge de cinq ans, révélant très tôt des capacités musicales hors du commun. À l'âge remarquable de six ans, il achève l'étude intégrale des radifs de Mirza Abdollah Farahani, corpus fondamental de la musique classique persane élaboré au XIXᵉ siècle, qui demeure encore aujourd'hui la base de l'enseignement traditionnel du setar, du tar et du santour en Iran.
Ce répertoire canonique, transmis de génération en génération, structure l'ensemble de la pédagogie musicale persane. Le maîtriser à six ans relevait d'une performance extraordinaire, pressentant déjà le musicien exceptionnel que Soltani allait devenir.
Après un baccalauréat en mathématiques — témoignant d'une intelligence plurielle —, Soltani choisit de consacrer sa vie à la musique. Reçu premier au concours d'entrée en musicologie de l'Université de Téhéran, il y obtient une licence avec un mémoire consacré à l'harmonie dans le jazz, révélant une ouverture intellectuelle remarquable.
Sa formation s'est enrichie auprès des grands maîtres de la scène persane, notamment Mohammad Reza Lotfi et Hossein Alizadeh, deux piliers de la tradition du setar dont il a hérité la rigueur stylistique et la profondeur interprétative.
Tout au long de sa carrière, Amirhossein Soltani a œuvré à la transmission et au rayonnement de la musique persane classique, en Iran comme à l'étranger. Ses concerts, ses enregistrements et son enseignement ont contribué à faire vivre un répertoire ancestral dans la modernité du XXIᵉ siècle.
Soltani s'est produit sur de nombreuses scènes en Iran et à l'international, participant activement à la diplomatie culturelle de la musique persane. Ses performances alliaient la rigueur du dastgah et la liberté du taqsim, cette improvisation mélodique qui constitue l'essence même de l'art du setar.
Il a enregistré plusieurs albums de musique instrumentale et accompagné des chanteurs traditionnels de renom. Ses compositions pour setar mettaient en valeur un équilibre raffiné entre structure mélodique héritée du radif et expression personnelle, inscrivant son œuvre dans la continuité des grandes écoles persiennes.
En tant que pédagogue, Soltani consacrait une part essentielle de son énergie à former la nouvelle génération de musiciens iraniens. Fidèle à la méthode de transmission orale qui caractérise la pratique du radif, il guidait ses élèves vers une compréhension intime de chaque phrase musicale, bien au-delà de la simple technique instrumentale.
La vie d'Amirhossein Soltani ne se limitait pas à la sphère musicale. À la suite du décès de sa sœur en 2003, il s'orienta vers une quête spirituelle profonde, qui allait durablement nourrir son art et sa vision du monde.
Soltani approfondit l'étude du soufisme et de l'exégèse coranique pendant plusieurs années, acquérant la reconnaissance de hafiz — titre honorifique désignant celui qui a mémorisé l'intégralité du Coran — ainsi qu'une maîtrise de la récitation du texte sacré. Cette immersion dans la mystique islamique imprégna son rapport à la musique d'une dimension contemplative et transcendante, perceptible dans la sérénité de son jeu.
Parallèlement à la musique et à la spiritualité, Soltani nourrissait une passion sincère pour la photographie de nature, à laquelle il consacrait une part importante de son temps. Cette sensibilité au monde naturel, à la lumière et au silence se reflétait dans son approche musicale : un art du détail, de la nuance et de la présence totale à l'instant.
Ces trois dimensions — musique, spiritualité, contemplation de la nature — formaient un tout cohérent chez un artiste pour qui l'existence entière était une forme d'expression.
Disparu en août 2021, Amirhossein Soltani laisse derrière lui une œuvre qui continue de résonner au cœur de la tradition musicale persane. Ses pairs, ses élèves et les institutions culturelles iraniennes lui rendent hommage en préservant et en diffusant son legs artistique.
Depuis sa disparition, plusieurs institutions culturelles iraniennes ont organisé des concerts en sa mémoire, réunissant musiciens et auditeurs autour de son répertoire et de sa vision artistique.
Ses enregistrements ont fait l'objet de rééditions, permettant à de nouvelles générations d'auditeurs de découvrir la richesse de son jeu et la profondeur de ses interprétations du radif persan.
Son approche — respectueuse de la tradition tout en cherchant une expression moderne — en a fait une figure tutélaire pour les jeunes musiciens iraniens qui cherchent à perpétuer l'art du setar au XXIᵉ siècle.
« Sa musique était une prière sans mots, un dialogue entre l'âme et le silence. »
— Hommage d'un collègue musicien, 2021
Amirhossein Soltani